VENEZUELA
Le père Giuseppe Phan Anh Tuan, salésien de Don Bosco, est missionnaire depuis 2011 dans la forêt amazonienne du Venezuela, auprès des peuples autochtones. Malgré les difficultés des débuts, cette mission a profondément marqué sa vie et renforcé sa conviction que Dieu est présent partout.
Un appel missionnaire
La vocation missionnaire est un mystère, un don que Dieu confie à chacun d’une manière unique. Les Constitutions salésiennes l’expriment clairement : le missionnaire est appelé à accueillir les valeurs des autres peuples et à partager leurs espérances comme leurs difficultés.
Ces paroles ont profondément façonné mon cheminement. Après trois années de discernement, j’ai exprimé ma disponibilité pour partir là où l’Église aurait besoin de moi.
Les premiers pas en Amazonie
Lorsque je suis arrivé au Venezuela, je ne connaissais pas un seul mot d’espagnol. Je me sentais comme un enfant qui doit tout réapprendre. Après trois mois d’étude à Caracas, j’ai été envoyé dans la forêt amazonienne. C’est là que la véritable mission a commencé.
Je devais non seulement apprendre l’espagnol, mais aussi découvrir une langue et une culture totalement nouvelles : celles des peuples autochtones. On me répétait souvent : « Si tu apprends la langue d’un peuple, tu gagneras son cœur. » J’ai vite compris que c’était vrai.
Ma mission consistait à poursuivre le travail des missionnaires qui m’avaient précédé : accompagner l’école, enseigner le catéchisme, animer la communauté chrétienne et veiller sur la chapelle. Mais aussi partager la vie quotidienne des habitants : cultiver des bananes, du manioc ou des ananas, travailler la terre et vivre à leur rythme.
Le choc de la jungle
Mon arrivée dans la forêt fut un véritable choc. Pas d’électricité. Pas d’internet. Pas de téléphone. Presque aucun moyen de transport. Seulement la nature, le silence et une vie très simple.
Les populations autochtones vivent en communauté et tirent leurs ressources de la chasse, de la pêche et de la cueillette. Issu d’un milieu urbain, je me sentais totalement étranger à cet univers. Je parlais peu, je comprenais encore moins et je peinais à trouver ma place.
La communauté missionnaire comptait trois membres, mais malgré leur présence, j’ai traversé une période difficile. Pendant près d’un mois, je me suis enfermé dans le silence, me consacrant uniquement aux travaux manuels, aux animaux et à la pépinière.
Beaucoup pensaient que j’allais abandonner. Pourtant, au fond de moi, je ne voulais pas partir ; je ne savais simplement pas encore comment vivre dans ce nouvel environnement.
Durant cette période, la prière m’a soutenu. J’ai demandé à Dieu de m’éclairer. Peu à peu, la simplicité et l’accueil des habitants m’ont aidé à m’ouvrir. J’ai retrouvé confiance.
J’ai commencé à apprendre véritablement : la langue, les gestes, le rythme de vie. Je dessinais des objets dans un cahier pour mémoriser les mots. Je célébrais la messe en espagnol et, dans certains villages, dans la langue autochtone. Avec l’aide d’un enseignant, j’apprenais mes homélies par cœur jusqu’à ce que les mots prennent tout leur sens.
Je voyageais souvent d’un village à l’autre, à pied ou en pirogue sur l’Amazone. Certaines missions duraient plusieurs semaines. C’est ainsi qu’est née, jour après jour, une véritable relation de confiance avec les habitants.
Sept années parmi les Yanomami
J’ai vécu sept années parmi le peuple Yanomami, une expérience que je considère comme une grâce. Ils habitent dans des shapono, de grandes maisons communautaires où plusieurs familles vivent ensemble. Ils dorment dans des hamacs, partagent leurs biens et entretiennent un lien étroit avec la nature.
Les hommes chassent et pêchent, tandis que les femmes assurent la cueillette et les activités domestiques. J’y ai découvert une culture riche et complexe, porteuse de nombreuses valeurs, mais aussi de défis. Sans lois écrites, les Yanomami vivent selon un profond sens du respect mutuel et de l’unité.
Leurs rites, notamment funéraires, témoignent d’une vision intense de la vie et de la communauté. À travers eux, les défunts continuent d’occuper une place importante dans la mémoire collective du groupe.
Une richesse reçue
Au cours de ces années, j’ai vécu des situations étonnantes et inoubliables. On m’a parfois pris pour une femme à cause de mes cheveux longs. J’ai assisté à une naissance et à un décès durant le même voyage. On m’a même proposé le mariage parce que l’on me croyait incapable d’avoir des enfants. J’ai également participé à des rites traditionnels d’une grande profondeur humaine.
Aujourd’hui, je peux affirmer avec conviction : Dieu est présent partout. Chaque culture, même la plus éloignée de la nôtre, porte en elle des semences de vérité, de beauté et d’humanité.
Je crois profondément que là où il y a de l’amour, il n’y a pas d’échec. Être missionnaire, c’est vivre avec sincérité, respecter les cultures, marcher aux côtés des personnes rencontrées et faire le bien.
Lorsque je regarde mon parcours, j’ai le sentiment que ce que j’ai donné est bien peu de chose. Mais ce que j’ai reçu est immense : l’amour des personnes que j’ai eu la grâce de rencontrer.
P. Giuseppe Phan Anh Tuan
Venezuela
