La Maison Généralice à Rome – au plus près du Pape et de la mission

ROME. Ce n’est pas un hasard si la Ville Éternelle est devenue le siège de la Maison Généralice des Sœurs Missionnaires de Saint-Pierre Claver. C’est ici, au cœur de l’Église catholique, que la Bienheureuse Marie-Thérèse Ledóchowska voyait la place idéale pour l’œuvre missionnaire en plein développement. Depuis plus de cent ans, les sœurs soutiennent les missionnaires du monde entier par la prière, la formation et une aide concrète au service des missions. Grâce à elles, Rome est devenue un lieu de prière et de soutien pour les missions, ainsi que le cœur de l’œuvre mondiale des Clavériennes.

Rome choisie pour les missions

Marie-Thérèse Ledóchowska souhaitait que la congrégation soit aussi proche que possible du Saint-Père et des institutions ecclésiales responsables des missions. Rome, centre de l’Église universelle, s’est naturellement imposée comme le lieu idéal pour la Maison Généralice des Sœurs Missionnaires de Saint-Pierre Claver. C’est de là que les sœurs pouvaient soutenir plus efficacement l’activité missionnaire, en particulier en Afrique, continent pour lequel la congrégation a été fondée.

Dès le début, la Maison Généralice fut un lieu de prière, de travail et de coordination des activités missionnaires menées sur différents continents. Les sœurs préparaient du matériel missionnaire, maintenaient le contact avec les missionnaires et veillaient au développement de l’œuvre fondée par Mère Marie-Thérèse.

Après la mort de la Fondatrice, Rome acquit une importance encore plus grande pour la Congrégation, puisque ses reliques y reposèrent. La Maison Généralice devint alors un lieu privilégié de mémoire, de prière et d’unité spirituelle pour toute la famille clavérienne.

Des débuts marqués par les difficultés

Le projet d’implantation à Rome en 1901 rencontra d’abord l’opposition des cardinaux Ledóchowski et Ciasca, qui se montraient réticents à l’idée d’une nouvelle fondation. Cependant, des événements imprévus donnèrent rapidement une nouvelle orientation aux projets. Une grave maladie pulmonaire contractée par Mère Marie-Thérèse lors de son séjour à Trieste l’obligea à s’installer à Rome pour des raisons de santé. Cet événement providentiel contribua à accélérer le processus d’approbation de la nouvelle communauté religieuse.

En 1902, la Bienheureuse Marie-Thérèse, accompagnée de sœur Mélanie d’Ernst, inaugura la présence de la Sodalité de Saint-Pierre Claver à Rome. Les sœurs s’installèrent d’abord dans un modeste appartement de la Via Sforza, dans le quartier de l’Esquilin. L’autorisation officielle du Saint-Père, obtenue grâce aux démarches du cardinal Gotti, arriva le 29 janvier 1902. Peu après, les sœurs louèrent également une villa située Via Giovanni Lanza, reliée par un jardin à la maison de la Via Sforza. C’est là que fut célébrée, le 7 juin de la même année, la première Eucharistie dans la chapelle dédiée à saint Pierre Claver. Malgré des locaux modestes et des débuts difficiles, la communauté se développa rapidement et devint un important centre d’animation missionnaire.

La maison de la Via dell’Olmata

Afin d’assurer la stabilité et la pérennité de l’œuvre, Mère Marie-Thérèse acheta, le 11 juin 1904, trois maisons avec jardin situées Via dell’Olmata. Après les travaux d’aménagement, la communauté s’y installa officiellement le 2 mai 1905.

La nouvelle maison devint rapidement le centre de la vie de la Congrégation.

À cette époque, la communauté se composait de la Mère Fondatrice, de sœur Mélanie, de sœur Jeanne de Schumacher, de sœur Ludmila, de deux novices et d’une postulante. Entourée de verdure et caractérisée par une atmosphère chaleureuse, cette maison fut reconnue comme la Maison Généralice de l’Œuvre à Rome.

Le temps de la guerre et le développement de la formation

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Mère Falkenhayn et sœur Bielak furent contraintes de quitter Rome pour les États-Unis. Cependant, une petite communauté demeura dans la Ville Éternelle durant toute la guerre. Rome accueillait également l’administration des œuvres du sud de l’Italie, dont sœur Francesca Pes fut responsable pendant de nombreuses années.

En 1962, un noviciat international fut ouvert à Monte Mario et fonctionna jusqu’en 1982. Deux ans plus tard, le 8 décembre 1964, les premières Filles de Marie Mère de la Miséricorde – congrégation fondée par l’évêque Nwedo au Nigeria – y commencèrent leur noviciat sous la direction de sœur Benigna Tully SSPC.

Les maisons des Clavériennes à Rome furent également au service de l’Église pendant le Concile Vatican II. À Buon Consiglio et à Monte Mario, de nombreux évêques participant aux sessions conciliaires furent accueillis.

Béatification et avenir missionnaire

La béatification de Marie-Thérèse Ledóchowska, célébrée le 19 octobre 1975 par le pape Paul VI, constitua un événement particulièrement important pour la Congrégation. Cent sœurs venues de différents pays du monde participèrent à cette célébration sur la place Saint-Pierre.

Les Supérieures générales qui se succédèrent, notamment Mère Laetitia Malinowska, Mère Nives Oberhollzer, Mère Immacolata Nihoul et Mère Elżbieta Adamiak, veillèrent au développement de la formation et de l’éducation des sœurs. Grâce à leurs efforts, les Clavériennes purent poursuivre des études dans les institutions académiques liées à l’Université Grégorienne et à l’Angelicum.

Aujourd’hui, la Maison Généralice de Rome demeure également un lieu de formation. Les jeunes professes y ont la possibilité de poursuivre leurs études et d’approfondir leur préparation spirituelle et missionnaire. La communauté est désormais internationale : elle rassemble des sœurs provenant de différents pays et continents, manifestant ainsi l’universalité de l’Église et le caractère missionnaire de la congrégation.

Un « pont » entre les missions et les bienfaiteurs

La Maison Généralice abrite également le Secrétariat Missionnaire, souvent appelé le « pont » entre la congrégation et l’Église missionnaire. C’est là que parviennent les demandes des missionnaires, des évêques et des congrégations religieuses provenant de différents continents, notamment d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine.

Chaque année, les sœurs répondent à des milliers de demandes concernant la construction de chapelles, la formation des séminaristes, l’achat de matériel catéchétique, l’aide aux orphelins ainsi que le soutien aux malades et aux plus démunis. Les Clavériennes restent en contact permanent avec les missionnaires et transmettent l’aide là où elle est le plus nécessaire. Ainsi, l’œuvre missionnaire de la Bienheureuse Marie-Thérèse Ledóchowska continue de vivre et de porter du fruit dans de nombreuses régions du monde.

Bienheureuse Marie-Thérèse, priez pour nous !

Du 28 juin au 6 juillet, nous vivrons une neuvaine par l’intercession de la Bienheureuse Marie-Thérèse Ledóchowska.

Pendant cette période, dans toutes les communautés clavariennes à travers le monde, nos sœurs prient pour les intentions qui leur sont confiées : pour la santé, la paix du cœur, la conversion, les grâces nécessaires aux familles, aux personnes malades, seules, ainsi qu’à tous ceux qui demandent la prière.

C’est un temps privilégié de communion spirituelle et d’abandon confiant à Dieu de nos préoccupations quotidiennes, de nos souffrances et de nos espérances. Nous croyons que la Bienheureuse Marie-Thérèse Ledóchowska obtiendra les grâces nécessaires pour tous ceux qui se tournent vers Dieu avec foi.

Nous vous invitons chaleureusement à vous unir à cette neuvaine, par votre prière personnelle et en communion spirituelle avec nos communautés missionnaires. Que ce temps soit pour chacun une source de paix, de renforcement de la foi et d’espérance.

Là où rien n’arrive, l’amour trouve toujours un chemin

VENEZUELA

Le père Giuseppe Phan Anh Tuan, salésien de Don Bosco, est missionnaire depuis 2011 dans la forêt amazonienne du Venezuela, auprès des peuples autochtones. Malgré les difficultés des débuts, cette mission a profondément marqué sa vie et renforcé sa conviction que Dieu est présent partout.

Un appel missionnaire

La vocation missionnaire est un mystère, un don que Dieu confie à chacun d’une manière unique. Les Constitutions salésiennes l’expriment clairement : le missionnaire est appelé à accueillir les valeurs des autres peuples et à partager leurs espérances comme leurs difficultés.

Ces paroles ont profondément façonné mon cheminement. Après trois années de discernement, j’ai exprimé ma disponibilité pour partir là où l’Église aurait besoin de moi.

Les premiers pas en Amazonie

Lorsque je suis arrivé au Venezuela, je ne connaissais pas un seul mot d’espagnol. Je me sentais comme un enfant qui doit tout réapprendre. Après trois mois d’étude à Caracas, j’ai été envoyé dans la forêt amazonienne. C’est là que la véritable mission a commencé.

Je devais non seulement apprendre l’espagnol, mais aussi découvrir une langue et une culture totalement nouvelles : celles des peuples autochtones. On me répétait souvent : « Si tu apprends la langue d’un peuple, tu gagneras son cœur. » J’ai vite compris que c’était vrai.

Ma mission consistait à poursuivre le travail des missionnaires qui m’avaient précédé : accompagner l’école, enseigner le catéchisme, animer la communauté chrétienne et veiller sur la chapelle. Mais aussi partager la vie quotidienne des habitants : cultiver des bananes, du manioc ou des ananas, travailler la terre et vivre à leur rythme.

Le choc de la jungle

Mon arrivée dans la forêt fut un véritable choc. Pas d’électricité. Pas d’internet. Pas de téléphone. Presque aucun moyen de transport. Seulement la nature, le silence et une vie très simple.

Les populations autochtones vivent en communauté et tirent leurs ressources de la chasse, de la pêche et de la cueillette. Issu d’un milieu urbain, je me sentais totalement étranger à cet univers. Je parlais peu, je comprenais encore moins et je peinais à trouver ma place.

La communauté missionnaire comptait trois membres, mais malgré leur présence, j’ai traversé une période difficile. Pendant près d’un mois, je me suis enfermé dans le silence, me consacrant uniquement aux travaux manuels, aux animaux et à la pépinière.

Beaucoup pensaient que j’allais abandonner. Pourtant, au fond de moi, je ne voulais pas partir ; je ne savais simplement pas encore comment vivre dans ce nouvel environnement.

Durant cette période, la prière m’a soutenu. J’ai demandé à Dieu de m’éclairer. Peu à peu, la simplicité et l’accueil des habitants m’ont aidé à m’ouvrir. J’ai retrouvé confiance.

J’ai commencé à apprendre véritablement : la langue, les gestes, le rythme de vie. Je dessinais des objets dans un cahier pour mémoriser les mots. Je célébrais la messe en espagnol et, dans certains villages, dans la langue autochtone. Avec l’aide d’un enseignant, j’apprenais mes homélies par cœur jusqu’à ce que les mots prennent tout leur sens.

Je voyageais souvent d’un village à l’autre, à pied ou en pirogue sur l’Amazone. Certaines missions duraient plusieurs semaines. C’est ainsi qu’est née, jour après jour, une véritable relation de confiance avec les habitants.

Sept années parmi les Yanomami

J’ai vécu sept années parmi le peuple Yanomami, une expérience que je considère comme une grâce. Ils habitent dans des shapono, de grandes maisons communautaires où plusieurs familles vivent ensemble. Ils dorment dans des hamacs, partagent leurs biens et entretiennent un lien étroit avec la nature.

Les hommes chassent et pêchent, tandis que les femmes assurent la cueillette et les activités domestiques. J’y ai découvert une culture riche et complexe, porteuse de nombreuses valeurs, mais aussi de défis. Sans lois écrites, les Yanomami vivent selon un profond sens du respect mutuel et de l’unité.

Leurs rites, notamment funéraires, témoignent d’une vision intense de la vie et de la communauté. À travers eux, les défunts continuent d’occuper une place importante dans la mémoire collective du groupe.

Une richesse reçue

Au cours de ces années, j’ai vécu des situations étonnantes et inoubliables. On m’a parfois pris pour une femme à cause de mes cheveux longs. J’ai assisté à une naissance et à un décès durant le même voyage. On m’a même proposé le mariage parce que l’on me croyait incapable d’avoir des enfants. J’ai également participé à des rites traditionnels d’une grande profondeur humaine.

Aujourd’hui, je peux affirmer avec conviction : Dieu est présent partout. Chaque culture, même la plus éloignée de la nôtre, porte en elle des semences de vérité, de beauté et d’humanité.

Je crois profondément que là où il y a de l’amour, il n’y a pas d’échec. Être missionnaire, c’est vivre avec sincérité, respecter les cultures, marcher aux côtés des personnes rencontrées et faire le bien.

Lorsque je regarde mon parcours, j’ai le sentiment que ce que j’ai donné est bien peu de chose. Mais ce que j’ai reçu est immense : l’amour des personnes que j’ai eu la grâce de rencontrer.

P. Giuseppe Phan Anh Tuan
Venezuela

Italie – Une maison de l’Église universelle

Le Collège Mater Ecclesiae de Castel Gandolfo est un lieu de formation pour des religieuses venues du monde entier, où la vie quotidienne devient une véritable expérience de l’Église universelle. Sœur Genowefa Kudlik SSPC, directrice du collège, nous partage la réalité de cette maison ainsi que la mission de la communauté internationale des Sœurs Missionnaires de Saint Pierre Claver qui y est présente.

Castel Gandolfo, connu principalement comme résidence d’été des papes, possède également une autre richesse spirituelle : le Collège Mater Ecclesiae. Ici, l’histoire de l’Église rencontre sa réalité missionnaire vivante et actuelle. Pour celles qui y vivent, le collège n’est pas seulement une institution académique, mais avant tout une maison — un lieu de rencontre, de fraternité et de vie partagée.

Le collège accueille des religieuses venues à Rome grâce à des bourses d’études leur permettant de suivre une formation dans les universités pontificales. Elles représentent différents pays, cultures et traditions ecclésiales. Dans cette diversité naît une véritable expérience d’unité, vécue concrètement chaque jour dans la prière commune, les échanges fraternels et la vie quotidienne.

Une mission née du Concile Vatican II

Le Collège Mater Ecclesiae a été fondé en 1976 par le pape Paul VI, dans le contexte du renouveau initié par le Concile Vatican II. Son objectif était de soutenir les jeunes Églises, notamment en Afrique, en Asie et en Océanie, à travers la formation de religieuses appelées à exercer des responsabilités importantes dans leurs communautés.

Le collège n’est pas une université, mais un lieu de vie où la formation intellectuelle s’unit à la formation spirituelle et communautaire.

Aujourd’hui, 131 religieuses provenant de 24 pays et appartenant à 99 congrégations vivent au collège. La majorité d’entre elles viennent des jeunes Églises des pays ad gentes. Cette diversité constitue l’une des plus grandes richesses du lieu et devient un espace de rencontre, d’apprentissage mutuel et de construction de l’unité.

La présence des Sœurs Missionnaires de Saint Pierre Claver

Au cœur de cette réalité se trouve la présence quotidienne des Sœurs Missionnaires de Saint Pierre Claver. Leur communauté est elle aussi internationale : elle est composée d’une sœur africaine originaire du Cap-Vert, d’une sœur polonaise et d’une sœur indienne.

Leur mission consiste à accompagner les religieuses dans leur parcours de formation tout en veillant à la vie quotidienne du collège, à son organisation et à l’atmosphère propice à l’étude, à la prière et à la fraternité.

Leur présence s’exprime dans les gestes simples de chaque jour : l’écoute, les conversations, l’accompagnement dans les moments difficiles ou exigeants. C’est une manière concrète de vivre le charisme de la Bienheureuse Marie-Thérèse Ledóchowska, qui accordait une grande importance au soutien de l’Église missionnaire et à la formation des femmes dans les pays de mission.

La formation au cœur de la vie du collège

En tant qu’institution dépendant du Dicastère pour l’Évangélisation, le collège a une mission bien précise : soutenir la formation des religieuses appelées à servir dans leurs Églises locales.

Le collège représente ainsi un lieu de transition : entre les études et le retour dans le pays d’origine, entre la formation et la mission, entre la réflexion et le service concret.

La formation occupe une place centrale dans la vie du collège. Chaque année, un thème spirituel accompagne toutes les activités de la communauté. Cette année, les religieuses méditent les paroles de saint Augustin :

« Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en Toi. »

Ce thème ne reste pas un simple slogan, mais devient le fil conducteur de toute l’année. Les sœurs participent notamment à :

  • cinq jours d’exercices spirituels annuels ;
  • une journée mensuelle de recollection et de lectio divina ;
  • des rencontres communautaires régulières ;
  • un travail en dix groupes internationaux.

Des conférences spirituelles et des pèlerinages « sur les traces des saints » sont également organisés deux fois par an.

Une attention particulière est accordée aux jeunes professes, qui bénéficient d’un programme complémentaire consacré à la vie religieuse et aux vœux. Le collège propose aussi un accompagnement psychologique individuel et communautaire assuré par des spécialistes.

La diversité comme richesse spirituelle

La vie du collège est aussi animée par les initiatives des religieuses elles-mêmes. Elles organisent des rencontres culturelles et liturgiques, des journées internationales, des activités communautaires et des temps de fraternité.

La communauté du collège possède un caractère profondément multiculturel et multiethnique. Des religieuses venues de différents continents, avec leurs traditions, leurs langues et leurs manières propres de vivre la foi, y partagent la même vie quotidienne.

Cette diversité devient une expérience spirituelle, un véritable « prophétisme de l’unité » qui naît du vivre-ensemble et du partage des richesses des différentes Églises locales.

La division en dix groupes internationaux permet de vivre cette réalité de manière plus personnelle. Dans ces petits groupes, les sœurs apprennent à s’écouter mutuellement, à partager leur expérience de foi et à s’accompagner dans la vie quotidienne.

Les journées culturelles internationales et les célébrations communes permettent de découvrir la richesse des traditions de l’Église dans les différentes parties du monde.

Ainsi, le collège devient un lieu où l’on peut expérimenter concrètement l’Église universelle : une communauté vivante où la diversité ne divise pas, mais enrichit et conduit à une unité plus profonde dans le Christ.

C’est dans cette vie quotidienne, simple mais profondément riche, que réside la force particulière de ce lieu.

Sœur Genowefa Kudlik SSPC

Les hauts et les basd’une route

Notre paroisse d’Amakuriat, située dans une petite ville du nord-ouest du Kenya, est dédiée à Notre-Dame de la Paix. Nous vivons parmi le peuple Pokot, dans une région montagneuse à environ 1600 mètres d’altitude, où le climat est particulièrement agréable.

Notre communauté est composée de quatre missionnaires comboniens venant de différents horizons : un Soudanais, un Kenyan, un Mexicain et moi-même, originaire de Palencia, en Espagne. À proximité se trouve également une communauté de cinq sœurs comboniennes qui assurent la gestion du dispensaire et participent activement à la pastorale. Depuis quelques mois, trois missionnaires laïcs comboniens se sont aussi installés dans l’une de nos chapelles, à Chelopoy.

Comme missionnaires consacrés au Seigneur, nos journées commencent tôt par la prière communautaire et la célébration de l’Eucharistie.

À la découverte du peuple Pokot

Même si je suis arrivé récemment, j’apprends déjà beaucoup sur la culture et le mode de vie du peuple Pokot. Chaque mercredi, lorsque cela est possible, je me rends au grand marché local. C’est un lieu vivant où l’on peut acheter, vendre, échanger… mais surtout observer et apprendre.

Traditionnellement, les Pokot vivent de l’élevage, qui demeure leur principale source de revenus. Depuis quelques années, ils développent également l’agriculture afin de compléter leurs ressources. Ce sont des personnes accueillantes et chaleureuses, attachées à leurs traditions et à une vie simple, même si la région a connu par le passé plusieurs conflits liés au bétail avec les peuples voisins du Kenya et de l’Ouganda.

La famille élargie joue un rôle important dans la société Pokot. Les femmes portent une grande partie des responsabilités familiales et s’occupent des enfants ainsi que des tâches quotidiennes les plus difficiles. Dans de nombreuses familles, tous les enfants ne peuvent pas aller à l’école, certains étant chargés de garder les troupeaux.

Une région en développement

Pendant longtemps, cette région est restée isolée et peu développée. Aujourd’hui, les autorités locales et nationales investissent progressivement dans la construction d’écoles, de dispensaires et de puits d’eau dans les différentes communautés.

Le principal défi reste toutefois l’accès routier. La route menant à Amakuriat est encore en très mauvais état, rendant les déplacements difficiles et limitant les visites extérieures. Certaines tentatives de modernisation ont rencontré des résistances, plusieurs habitants craignant que l’arrivée de personnes extérieures ne fragilise leurs traditions culturelles.

Une mission au service des communautés

Notre paroisse couvre un vaste territoire et accompagne 53 petites communautés chrétiennes dispersées dans la région. Certaines sont situées à plus de trois heures de route sur des pistes difficiles d’accès.

Chaque semaine, les missionnaires partent à deux pour visiter ces communautés, partager la vie des habitants, célébrer les sacrements et soutenir la foi des familles.

Afin d’assurer un meilleur accompagnement pastoral, une nouvelle paroisse devrait prochainement être créée sur une partie de notre territoire et confiée à une autre congrégation missionnaire.

« Faire le bien » à la manière du Christ

Notre mission première est l’évangélisation à travers la présence, l’écoute et le service. Nous voulons suivre l’exemple de Jésus-Christ qui, tout en annonçant la Parole de Dieu, « passait en faisant le bien ».

C’est précisément ce que nous essayons de vivre chaque jour à Amakuriat.

En plus des célébrations liturgiques et de la catéchèse, nous développons plusieurs initiatives concrètes :

  • gestion d’un petit dispensaire ;
  • construction et soutien des écoles ;
  • accompagnement scolaire des enfants et des jeunes ;
  • aide aux enfants en situation de handicap ;
  • formation des catéchistes et des responsables locaux ;
  • rencontres pour promouvoir les valeurs chrétiennes dans les familles ;
  • gestion d’une boulangerie qui fournit le pain quotidien à la population.

Nous bénéficions également de la présence d’un frère combonien spécialisé dans la recherche de points d’eau et le forage de puits pour les communautés locales.

Enfin, en janvier dernier, nous avons ouvert une petite maison d’accueil de quinze lits ainsi qu’un restaurant, dont les revenus contribuent au financement des activités de la paroisse.

P. Juan Manuel Labajo Pejenaute

Servir change le cœur

Mauricio, Alan et Brenda racontent leur aventure —
une histoire de joie et de petits pas vers Dieu.

K : Bonjour ! Je vois que vous servez tous à la messe.
Pouvez-vous vous présenter et dire pourquoi vous êtes devenus servants de messe ?

M : Je m’appelle Mauricio, j’ai 10 ans et je suis servant de messe depuis un an et demi.
Cette année, je commence la préparation à la première communion. Et ça, c’est mon frère Alan.

A : Oui, moi c’est Alan. J’ai 7 ans et je suis servant d’autel depuis quatre mois, comme mon frère.

B : Moi, je m’appelle Brenda. Je suis servante de messe depuis trois ans. Et l’année prochaine, je vais faire ma première communion. J’ai commencé à venir aux rencontres parce qu’on m’a invitée… et j’ai tout de suite aimé !

K : Qu’est-ce que tu as le plus aimé ?

B : Verser le vin et l’eau dans les burettes et les donner au prêtre pendant la messe. Et aussi… avant, j’étais très timide. Maintenant, je suis plus courageuse grâce aux servants de messe !

K : Et vous, les garçons ?

M : Moi, je me sens simplement bien de servir Dieu.

A : Moi, j’aime remercier pour tout ce que j’ai. Et puis, le mercredi c’est super : je vais à l’école, et ensuite je peux aller à la messe !

M : Oui ! Maintenant j’ai toujours quelque chose à faire, je ne m’ennuie pas. Chaque jour, il se passe quelque chose à l’église : la catéchèse, la messe, ou je viens aider… préparer le charbon pour l’encens, changer l’eau, ou aider l’oncle Mario.

K : Qui est l’oncle Mario ?

B : C’est le responsable des servants d’autel. Il nous explique tout et nous apprend à bien servir la messe. Et c’est lui qui utilise l’encens, parce qu’il est plus grand et plus fort que nous.

K : Comment vous vous sentez pendant la messe ?

B : Très bien !

M : Ce que je préfère, c’est être si proche de Dieu. Ce n’est pas difficile, il faut juste être attentif.

A : Chanter, c’est difficile…

K : Justement, qu’est-ce qui vous semble le plus difficile ?

B : La semaine dernière, le prêtre nous a apporté de nouvelles clochettes. Maintenant, on apprend à en jouer. C’est un peu difficile, parce qu’il ne faut pas se tromper et il faut tous sonner au même rythme.

M : Moi, ce qui est difficile, c’est que je dois laver mon aube tout seul et nettoyer mes chaussures à la maison. Je dois me souvenir de beaucoup de choses. Le plus important, c’est de ne pas oublier la lessive !

Une fois, j’ai oublié mon aube et mon chapelet à l’église. Je n’avais rien pour prier pendant deux jours… et j’ai dû servir avec une aube sale. Je dois entraîner ma mémoire… et mon attention !

Une fois aussi, en portant une bougie, de la cire est tombée sur moi. Une autre fois, j’ai soufflé trop fort et j’ai éclaboussé l’autel… J’ai trop de force dans les poumons !

A : Moi, une fois, je suis tombé pendant la messe. Mon aube est un peu trop grande, je l’ai marchée dessus et je suis tombé. Mais je ne me suis pas fait mal ! Je me suis relevé tout seul !

K : Vous rencontrez parfois d’autres servants d’autel ?

B : Oui ! Et nous sommes très amis. Parfois, on doit être sérieux… mais c’est difficile de ne pas rire !

J’aime surtout quand les servants d’Obligado viennent chez nous ou quand nous allons chez eux. On joue ensemble, on joue au football et on parle.

M : Pendant ces rencontres, l’oncle Mario nous explique toujours
comment bien servir. La dernière fois, il nous a montré comment porter la croix en procession.

A : Et bientôt, on va se revoir !

K : Y a-t-il une différence entre votre service ici et à Obligado ?

M : Je ne pense pas…

B : Moi, je vois une différence ! Une fois, quand nous sommes allés à Obligado, j’ai eu très peur. Quand je me suis agenouillée… le prie-Dieu s’est enfoncé !

Après, j’ai compris que certains sont rembourrés avec une mousse douce. Je n’avais jamais vu ça ! Chez nous, ils sont durs et en bois. Et aussi… leur statue du Christ est énorme !

K : Pour finir, qu’aimeriez-vous dire aux autres enfants ?

B : Soyez persévérants. Ce qui est difficile maintenant deviendra plus facile plus tard. Et vous gagnerez la confiance de Jésus. Alors Il vous apprendra à faire de grandes choses !

A : Comportez-vous bien, écoutez et remerciez Dieu chaque jour !

M : Soyez attentifs pendant la messe. Si quelqu’un se déconcentre, il peut s’éloigner de Dieu.
Il ne faut jamais s’éloigner de Lui !

K : Merci beaucoup pour cette rencontre !

Katarzyna Parnicka
(missionnaire laïque au Paraguay)